Martial Caroff – Sanglante comédie

Auteur :

Martial Caroff

Titre :

Sanglante Comédie

2011, 300 pages

Cycle :

Les enquêtes d’Antisthène (vol. 1)

L’histoire en bref :

Athènes, 423 avant notre ère. La guerre du Péloponnèse est en pause : les négociateurs achèvent de préparer une trêve qui doit être signée à l’occasion des grandes fêtes de Dionysos, célèbres pour avoir donné naissance à l’art du théâtre et propulsé sur le devant de la scène des grands noms comme celui d’Eschyle.

Cette année parmi les grands auteurs en lisse pour les prix de tragédie et de comédie on retrouve le novateur Euripide ou encore éternellement dérangeant Aristophane. Dans le public des gens comme Socrate, l’accoucheur d’âmes, et ses élèves. Des politiciens aussi, divisés entre partisans et opposants de la paix à venir.

Lorsqu’un archer tente d’assassiner Aristophane, c’est le jeune Anthistène qui va prendre l’affaire en main. Ce disciple du grand philosophe à une vision toute particulière de la quête de la vérité et rien n’entravera sa progression, pas même l’hostilité des grands de la cité.

L’avis d’Eumène :

J’avoue être très partagé sur ce texte. D’un côté il touche à une période que je connais très bien et que j’apprécie beaucoup. Il est un bel hommage à l’Antiquité dans ce qu’elle a produit de plus sublime tout en  ne masquant pas ses réalités les plus crues. L’intrigue est riche en rebondissements, mais pourtant il ne parviens pas à me convaincre. Il y a d’abord la plume, souvent lourde, dont on ne sait si son didactisme est le reflet d’une orientation pour les jeunes ou simplement un moyen d’aider un lecteur adulte au prise avec certains des thèmes évoqués à mieux plonger dans la période.

La ré-écriture de dialogues socratiques ou platoniciens ainsi que le résumé des pièces jouées durant ces quelques jours de fête et d’enquête m’ont souvent semblé alourdir le texte (surtout à vrai dire les dialogues, car quitte à supporter ce style particulier je préfère me plonger dans les originaux). Des personnages intéressants n’ont pas été utilisés alors qu’ils auraient pu faire l’objet de plus qu’une citation, à l’image d’Alcibiade qui à l’époque du roman viens de sauver la vie de Socrate, comme nous l’apprend Plutarque :

« À la bataille de Délion, qui se donna longtemps après, les Athéniens ayant été mis en fuite, Socrate se retirait à pied avec quelques autres soldats: Alcibiade était à cheval ; et le voyant dans cet état, il ne voulut pas s’éloigner de lui ; mais se tenant toujours à ses côtés, il le défendit courageusement contre les ennemis, qui poursuivaient les fuyards et en tuaient un grand nombre. »

— Plutarque, Vie d’Alcibiade

Les personnages et leurs réactions m’ont souvent sembler manquer de crédibilité et j’ai à plusieurs reprise noté des erreurs ou des incohérences (songeons à ce passage où les héros se dirigent vers le théâtre de Dionysos et une fois devant l’amphithéâtre rencontrent un autre personnage, sachant que l’amphithéâtre est une forme architecturale romaine qui ne verra pas le jour avant encore longtemps…).

Pourtant je tiens une fois encore à remercier Anudar d’avoir porté à ma connaissance l’existence de ce livre. J’ignore si je lirais encore cet auteur, mais sa découverte en valait la peine et certaines de mes chicaneries sont sans doute plus dues à mon regard de spécialiste qu’à celui d’un simple lecteur, aussi je ne veux pas vous décourager de le lire.

Note finale :

7/10

Challenge

Challenge Histoire

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3 réflexions sur “Martial Caroff – Sanglante comédie

  1. Je dois dire que j’avais manqué le coup de l’amphithéâtre… En fait je ne le savais pas 😉 !

    De mon côté, ce que j’ai beaucoup apprécié dans ce livre, c’est le rendu tragique. N’oublions pas qu’à cette époque, d’un point de vue politique, les cités grecques sont en train de se tirer une balle dans la tête alors que, prises tout ensemble, elles avaient le potentiel d’un géant. La preuve : Alexandre a ramassé le jackpot un siècle plus tard.
    Comment ne pas retrouver dans ce livre l’expression littéraire du destin qui a ruiné l’avenir promis aux Grecs ?

  2. Il y aurait eu moyen de mieux exposer ce sentiment, que je t’avoue n’avoir guère ressentit, avec une vie d’Alcibiade, à l’image de ce qu’à fait Steven Pressfield dans Tides of War (2000, malheureusement non traduit). On peut aussi mieux mettre en évidence cet énorme gâchis avec un roman sur la guerre civile à Corfu durant le même conflit (cf. l’article de Pressfield sur http://www.stevenpressfield.com/2011/06/the-first-modern-war/ ) ou en écrivant une vie de Thucydide, autre auteur actif durant la période concernée par Sanglante Comédie…

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