Atlantide, la cité imaginaire : Chapitre I : Au commencement était Platon (3/11)

Ce texte est la troisième partie d’une série consacrée à la place de l’Atlantide dans l’imaginaire collectif. La publication se fait sur base hebdomadaire, cliquez sur les liens ci-contre pour lire les autres chapitres de l’étude : 134567891011

Chapitre I : Au commencement était Platon

L’Atlantide est « née au monde » vers 350 avant notre ère sous la plume de Platon, philosophe athénien dont les écris de cette période concernent avant tout la politique, l’activité de la Cité, lui qui connut dans sa jeunesse la guerre du Péloponnèse et dans sa vieillesse la guerre contre Philippe II de Macédoine. L’objectif de Platon dans ses dialogues intitulés Timée et Critias était de fournir le modèle de la cité idéale, afin de permettre son apparition dans le monde réel et surtout d’éviter la décadence d’Athènes. Pour ce faire il entreprit de décrire comment les Grecs avaient pu, au fil des siècles, résister à de puissants ennemis dirigés par des souverains mythiques.

C’est dans ce contexte qu’il mentionne le combat des Athéniens vivant près de 9000 ans avant Solon (qui vécut des alentours de 640 à 558 av. J.C. ) contre une puissante nation composée des descendants d’Atlas, un fils de Poséidon, guerre qui s’acheva lorsque la terre et les flots engloutirent l’armée athénienne et la ville de leurs ennemis. Ce récit, sur la véracité duquel insiste Platon, est raconté par Critias, l’un des 30 tyrans de la révolution oligarchique de 404 av. J.C., qui l’aurait lui-même apprise par la tradition familiale, son arrière-arrière-grand-père l’ayant reçue de Solon, le grand homme l’ayant apprise auprès d’un grand prêtre de Saïs, un des lieux les plus sacré de l’ancienne Égypte.

Platon reprend son récit de manière plus détaillée mais avec un certain nombre de contradictions dans un second ouvrage, le Critias, dans lequel il donne une série de détails sur la cité, son organisation politique, son architecture, le mode de vie de ses citoyens, et divers autres éléments.

Dès l’Antiquité des doutes se sont élevés au sujet de la véracité du récit : Aristote, que certains décrivent comme jaloux de son maître, considère qu’il s’agit d’une affabulation de celui-ci. Mais Diodore de Sicile (1er siècle av. J.C.) reprends pour sa part une partie du récit.

D’autres auteurs antiques, tant païens que chrétiens, s’impliquent dans le débat : Pline l’ancien (1er siècle), Tertullien (2ème siècle), Ammien Marcellin (4ème siècle) et Proclus (5ème siècle) en font partie.

Au Moyen-Age on ne trouve pas de mentions de la ville engloutie. En revanche d’autres mythes se répandent qui y ressemblent de manière troublante. Le plus connu d’entre eux  est le mythe de la ville d’Ys : durant la période trouble qui suit le retrait de l’Empire Romain de Bretagne, un souverain local du nom de Gradlon vit dans une capitale protégée par de hautes digues et des écluses dont il porte en permanence la seule clé. Il est le père d’une jeune fille jolie mais débauchée du nom de Dahut qui, séduite par le démon, vole la clé de son père et ouvre les écluses en pleine tempête, provoquant la destruction de la ville tandis que son père est sauvé par St Guénolé (dans d’autres version il est question de St Corentin), lequel était son conseiller le plus proche : c’est ici le triomphe de la foi qui est mis en exergue.

Ce mythe présente évidement de grandes différences avec celui de l’Atlantide, notamment l’apparition du christianisme, mais l’on ne peut s’empêcher d’être frappé par la ressemblance du prédicat de départ, à savoir le fait que le comportement impie d’une population entraîne la destruction de la ville par la noyade. Bien sur le mythe d’Ys reprend nombre d’éléments issus de la mythologie celtique et est recouvert d’un verni chrétien que ne porte pas le récit platonicien mais le message des deux textes est le même, une invitation à bien se conduire.

Le mythe d’Ys n’est pas le seul mythe breton à évoquer ainsi une cité disparue sous les flots : Aise, qui selon certains est une déformation du nom d’Ys, aurait subi un sort similaire (même si le mythe est ici moins complet).

La caractéristique de ces textes est avant tout de rester dans le domaine du mythe éducatif et de l’élévation morale ( et même spirituelle avec l’apparition du christianisme ), la grande leçon étant qu’une vie de débauche et d’impiété entraîne un châtiment divin.

Ce n’est pas un thème rare et l’inondation est souvent utilisée par les dieux pour punir les hommes : de l’épopée de Gilgamesh à la version coranique du déluge biblique en passant par les mythes de Deucalion, fils de Prométhée, ou encore celui de Philémon et Baucis que nous rapporte entre autre Ovide, nous voyons de nombreuses inondations purificatrice de l’espèce humaine. D’autres cultures ont également fait mention dans leurs mythes de déluges comme les Mayas dans le Popol Vuh, un ouvrage souvent appelé « la Bible des Mayas ».

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