Atlantide, la cité imaginaire : Chapitre III : La nouvelle Atlantide (5/11)

Ce texte est cinquième partie d’une série consacrée à la place de l’Atlantide dans l’imaginaire collectif. La publication se fait sur base hebdomadaire, cliquez sur les liens ci-contre pour lire les autres chapitres de l’étude : 123467891011

Chapitre III : La nouvelle Atlantide

Avec le XIXème siècle et le courant positiviste qui domine durant une grande partie de cette époque on assiste à un renouveau des recherches « scientifiques » (mais avant tout scientistes) sur l’Atlantide, aidé par les nouvelles découvertes scientifiques dans le domaine de la géologie et de la préhistoire par exemple. On retrouve l’Atlantide aux quatre coins du monde et même, dans la littérature de fiction, jusque dans l’espace. En cette époque de grandes expéditions au cœur de l’Afrique ou de l’Asie on imagine même l’existence possible de survivants de la civilisation atlante en quelque point reculé du globe.

Tous ne tombent cependant pas dans ces excès : Thomas Henri Martin, qui publie en 1841 une traduction commentée du Timée, met en garde contre une lecture réaliste du mythe de Platon. Mais la force même du texte original avec son interruption brutale et son récit fantastique le dote d’un attrait tel que beaucoup y succombent.

Tous ceux qui écrivent à partir de cette date sur le mythe de l’Atlantide n’ont pas forcément lu les textes originaux, ce qui explique parfois le grand écart entre ceux-ci et les ouvrages de cette époque.

En dehors des ouvrages « scientifiques » on constate la plupart du temps la transformation en récit romanesque de la fable politique originale. L’Atlantide est alors bien souvent un décor exotique qui plaît car il rappelle, de par son lien avec la Grèce, le style (néo-)classique en vogue à l’époque mais rendu encore plus attrayant par des éléments extérieurs.

Le récit comprend souvent un voyage, semé d’embûches, puis une phase de découverte et d’adaptation à la nouvelle réalité avant que ne surgissent des éléments perturbateurs parmi lesquels une romance et des troubles politiques dans la société Atlante reviennent souvent, causant dans la plupart des cas le départ des héros et la destruction de la cité et de ses habitants.

Cependant il faut noter que même dans ces cadres romanesques subsistent des traces de l’utopie de Bacon et de la fiction politique de Platon avec généralement une forte tendance au manichéisme : souvent le terrien débarquant en Atlantide va aider le parti des « bons » dont les valeurs morales et politiques sont jugées supérieures à lutter, parfois sans succès, contre les « méchants », souvent dépravés.

Tel est le cas des astronautes d’A. Toltstoï dans son « Aelita ou le déclin de Mars » publié en 1922 ou celui des naufragés de D.M. Perry dans son roman « The Scarlet Empire » publié en 1906 où les héros ont à affronter un régime communiste où l’égalitarisme est poussé à son paroxysme.

Les héros de Perry étaient parvenus en Atlantide au moyen d’un sous-marin, ceux de Tolstoï en fusée. Jules Verne a lui aussi utilisé le sous-marin dans « 20 000 lieues sous les mers » pour faire visiter l’Atlantide à ses héros guidés par le capitaine Némo : la science est ici associée à la découverte de l’Atlantide, qu’elle soit encore debout comme dans ces deux premiers exemples ou qu’elle ne soit plus que ruine comme chez Jules Vernes :

 « En effet, là, sous mes yeux, ruinée, abîmée, jetée bas, apparaissait une ville détruite, ses toits effondrés, ses temples abattus, ses arcs disloqués, ses colonnes gisant à terre, où l’on sentait encore les solides proportions d’une sorte d’architecture toscane ; plus loin, quelques restes d’un gigantesque aqueduc ; ici l’exhaussement empâté d’une acropole, avec les formes flottantes d’un Parthénon ; là, des vestiges de quai, comme si quelque antique port eut abrité jadis sur les bords d’un océan disparu les vaisseaux marchands et les trirèmes de guerre ; plus loin encore, de longues lignes de murailles écroulées, de larges rues désertes, toute une Pompéi enfouie sous les eaux, que le capitaine Némo  ressuscitait à mes regards. Où étais-je ? Où étais-je ? Je voulais le savoir à tout prix, je voulais parler, je voulais arracher la sphère de cuivre qui emprisonnait ma tête. Mais le capitaine Némo  vint à moi et m’arrêta d’un geste. Puis, ramassant un morceau de pierre crayeuse, il s’avança vers un roc de basalte noir et traça ce seul mot : Atlantide. » (Jules Verne, 20000 lieues sous les mers, volume 2, chapitre 9)

Jules Verne profite de l’occasion pour entourer ce passage d’un cours de biologie marine et de géologie d’une part, d’une narration du mythe de Platon et d’un bref aperçu sur les controverses nées du récit de l’autre. C’est une autre manière d’associer science et Atlantide, en faisant de sa découverte l’occasion d’une leçon, d’une éducation, qui passe elle aussi par un accès difficile, mini récit au cœur du roman, version miniature du grand schéma du récit atlantidéen.

Publicités

6 réflexions sur “Atlantide, la cité imaginaire : Chapitre III : La nouvelle Atlantide (5/11)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s