Atlantide, la cité imaginaire : Chapitre IV : L’Anti-Atlantide de H.P. Lovecraft (6/11)

Ce texte est la sixième partie d’une série consacrée à la place de l’Atlantide dans l’imaginaire collectif. La publication se fait sur base hebdomadaire, cliquez sur les liens ci-contre pour lire les autres chapitres de l’étude : 123457891011

Chapitre IV : L’Anti-Atlantide de H.P. Lovecraft

La science, un autre auteur de cette époque ne l’aimait pas. Il la craignait, elle l’horrifiait et lui inspirant de terribles rêves. Cet auteur c’est H.P. Lovecraft, l’un des pères de la littérature de fantasy et d’horreur.

Pour lui aussi l’Atlantide sera aussi un mythe important car elle lui fournira le modèle de R’lyeh, « la cité aux corps morts, couverte d’algues ». Lovecraft, technophobe et antipositiviste si il en est, a créé toute une mythologie basée sur un monde caché dans lequel rodent d’effroyables créatures dont le terrible Cthulhu, indescriptible horreur vivant au fond des eaux au sein de sa cité cachée, laquelle jaillit des eaux dans la nouvelle « L’appel de Cthulhu », publiée en 1926.

Ici encore, comme chez Platon, la mer a engloutit les surhommes châtiés. Et si le rapprochement entre R’lyeh et l’Atlantide est si clair c’est aussi parce que deux autres nouvelles de Lovecraft, « The Temple » ( 1920 ) et « The Descendant » ( 1926, peu avant l’Appel de Cthulhu ) font explicitement référence à la cité de Platon.
Cependant la cité décrite dans « L’appel de Cthulhu » est bien différente de la plupart des autres Atlantide de la littérature :

« … ils arrivèrent à un littoral de boue, de vase et de blocs de maçonnerie cyclopéenne tapissés d’algues, qui ne peuvent être que la substance tangible de la suprême terreur de notre univers, la ville morte de R’lyeh, bâtie des millions d’années avant le début de notre histoire par les immondes créatures géantes sécrétées en de sombres étoiles. (…) Je suppose que seule avait dû émerger des eaux la hideuse citadelle couronnée d’un monolithe démesuré, où était enseveli le grand Cthuluh. (…) Johansen et ses hommes éprouvèrent une stupeur effarée devant la majesté cosmique de cette Babylone ruisselante bâtie par des démons anciens. Ils durent comprendre instinctivement qu’elle n’appartenait pas à notre monde ni à aucune planète sensée. Leur crainte face à l’énormité des blocs de pierre verdâtre, la hauteur vertigineuse du grand monolithe gravé et la ressemblance frappante des statues et des bas-reliefs monumentaux avec l’étrange idole trouvée sur l’Alert dans son reliquaire, tout cela apparaît de façon poignante avec son effroi à chaque ligne de la description. Sans rien connaître du futurisme, Johansen s’en rapproche beaucoup quand il parle de la ville ; au lieu de décrire une construction ou tel bâtiment précis, il privilégie l’impression générale d’angles et de surfaces immenses – trop pour appartenir ou convenir à cette terre – couverts d’hiéroglyphes et d’images impies. Je mentionne ce qu’il dit des angles car cela rappelle un propos de Wilcox au sujet de ses terribles rêves. Le jeune sculpteur disait que la géométrie de sa ville rêvée était anormale, non-euclidienne, en ce qu’elle évoquait de détestables sphères et des dimensions étrangères aux nôtres. … » (H.P. Lovecraft, L’appel de Cthulhu, in Dans l’abîme du temps, folio SF 37, pp. 211-215)

Et la description continue ainsi sur plusieurs pages. L’Atlantide de Lovecraft est une Atlantide de mort, l’attrait qu’elle suscite est une passion du morbide et de la folie.

Le mythe de l’Atlantide entre grâce à ces récits dans la conscience populaire, qui s’en empare. La brièveté du présent article m’empêche de traiter de tous les ouvrages qui ont marqué l’atlantologie à cette époque, je me suis donc concentré sur les ouvrages disponibles dans ma bibliothèque et sur internet, mais l’ouvrage de Foucrier ( dont on a déjà donné la référence dans notre premier article ) fournit une bonne analyse de ce phénomène et montre surtout comment le contexte politique des années 1870-1939 s’était montré particulièrement favorable à des récits qui, pour la plupart, racontent la décadence d’un Etat dominateur, éléments masqués derrière un récit romanesque.

On remarquera également que plus on avance dans le temps, plus la littérature de fiction passe d’un enthousiasme radieux et d’une confiance à toute épreuve en l’homme et la science à une vision de plus en plus pessimiste du monde dont Lovecraft est pour ainsi dire un aboutissement.

Dans tous ces récits une constante est l’appel à la capacité de l’esprit du lecteur de faire la synthèse entre des éléments culturels très disparates comme le montre l’Atlantide de A. Conan Doyle dans son roman « La ville du gouffre ». L’auteur y mélange couleurs vives rappelant les codex précolombiens, statues semblables à la fois aux Bouddha hindou et aux Baal ou Moloch puniques, et nombres d’autres éléments. Syncrétisme des lieux, syncrétisme des époques, le tout pour un lectorat qui ne connaît pas forcément les modèles nécessaires à l’évocation de l’image décrite par l’auteur.

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