Atlantide, la cité imaginaire : Chapitre VI : L’Atlantide de l’entre-deux guerres (8/11)

Ce texte est la huitième partie d’une série consacrée à la place de l’Atlantide dans l’imaginaire collectif. La publication se fait sur base hebdomadaire, cliquez sur les liens ci-contre pour lire les autres chapitres de l’étude : 123456791011

Chapitre VI : L’Atlantide de l’entre-deux guerres

Outre le caractère (pseudo-)scientifique que prend une partie de la production littéraire sur l’Atlantide on constate durant l’entre-deux guerres une nouvelle évolution du mythe liée avant tout à l’effondrement du positivisme dominant avant la première guerre mondiale. Nous avons déjà vu la vision pessimiste de Lovecraft, auteur singulier qui ne saurait représenter son temps, mais il faut bien reconnaitre que ses contemporains sont hantés par l’idée d’un déclin de la civilisation comme le montrent de nombreux textes. Là où les textes d’avant la première guerre mondiale était emprunts de spéculation scientifique (ou assimilée comme telle, cf. les sciences occultes) ramenant à l’aspect culturel de l’Atlantide, la production d’après-guerre est, elle, plus liée aux évènements historiques, balancement lié à la société qui produit ces œuvres mais balancement rendu possible par les caractéristiques du roman platonicien.

On constate que cette période voit un net accroissement des publications sur le thème de l’Atlantide par rapport à une période 1870-1914, période pourtant déjà prolixe. C’est de cette époque que datent aussi certaines des meilleures publications comme l’ »Atlantide » de Pierre Benoît, publiée en 1919 et qui connaitra pas moins de 4 adaptations au cinéma, et « La ville du gouffre » de A. Conan Doyle déjà cité.

La plupart de ces récits utilisent la vision platonicienne d’une cité décadente et condamnée, la plupart des Atlantide de l’époque finissant englouties sous les eaux. L’Atlantide de cette époque est avant tout devenue un toponyme destiné à servir de décors aux crises de l’Occident, ses échecs et ses illusions perdues autant que son angoisse face à l’avenir. Un exemple de cet état d’esprit peut aussi être recherché dans l’œuvre de J.R.R. Tolkien dont il apparait qu’il a créé l’île de Numenor, mentionnée dans le Silmarillon (qui fut publié en 1977 de manière posthume) en se basant sur le mythe platonicien, lui donnant le nom d’Atalantë dans l’une des nombreuses langues créées pour son univers.

Pour certains auteurs germaniques, l’Atlantide c’est l’Allemagne d’après Versailles, puissance défaite, peuple vaincu, nostalgique de sa grandeur passée. C’est surtout vrai après 1920, date de parution du poème épique « Atlantis, Des Untergang einer Welt » (« Atlantide, la chute d’un monde ») de O. Hauser dans lequel l’auteur met en scène une série de tribus primitives mythiques s’affrontant dans l’Europe préhistorique. Vont ensuite se succéder des textes qui vont créer toute une mythologie nouvelle qui sera utilisée par Alfred Rosenberg, le théoricien du nazisme.

L’Atlantide de Rosenberg c’est Thulé, la terre de l’extrême nord dont sont issus tous les peuples et toutes les cultures, lieu encore existant selon lui. On ne peut s’empêcher de faire le lien avec l’ouvrage d’Olof Rudbeck de 1679 mentionné plus haut qui cherchait lui aussi à démontrer l’origine atlantidéenne des tribus germaniques (et, dans le cas de Rudbeck, des Suédois). Pour Rosenberg la tribu honorée n’est pas le peuple goth mais la race aryenne, descendants directs des Atlantes.

C’est au cœur de la littérature atlantidéenne ésotérique que vont plonger les racines du national-socialisme et la théorie de l’infériorité des peuples sémites. Le mythe grec est germanisé, rapproché des divinités scandinaves au point que la capitale de l’Atlantide-nation deviens Asgard, la capitale des Dieux nordiques. La réécriture du mythe passe aussi par la transformation du récit originel pour faire du peuple vaincu, déchu par les Dieux, un peuple victime d’une injustice, image plus proche de celle que les Allemands avaient d’eux même à cette époque.

L’Atlantide est un endroit formidable car il est à la fois présent dans toutes les consciences et suffisamment mystérieux que pour être réécrit et devenir le porteur de messages radicalement opposés. Car en effet si elle peut être le flambeau ralliant les nazis, elle peut aussi devenir le cadre d’une mise en garde contre Hitler comme sous la plume de l’auteur tchèque K. Capek qui publia en 1936 son ouvrage « La guerre des Salamandres » dans lequel il prophétise la disparition des envahisseurs Atlantes sous l’effet de leurs propres armes…

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