Atlantide, la cité imaginaire : Chapitre VIII : L’Atlantide au vingt-et-unième siècle (10/11)

Ce texte est la dixième partie d’une série consacrée à la place de l’Atlantide dans l’imaginaire collectif. La publication se fait sur base hebdomadaire, cliquez sur les liens ci-contre pour lire les autres chapitres de l’étude : 12345678911

Chapitre VIII : L’Atlantide au vingt-et-unième siècle

Si je regarde dans ma bibliothèque personnelle après des ouvrages récents mettant en scène l’Atlantide j’en retrouve cinq dignes de mentions car ils présentent tous une vision différente de la cité, à la fois dans la tradition de ce que nous avons évoqué et s’en détachant par certains aspects.
Certes certains auteurs de romans se servent désormais des dernières théories relatives à Santorin ou à la côte sud de la mer Noire pour créer leur intrigue comme le récent Atlantis de David Gibbins, publié en 2005. Il est d’ailleurs intéressant de noter que ce dernier ouvrage a été rédigé par un archéologue professionnel expérimenté qui s’est servi pour son ouvrage des derniers états de la science afin de lui donner un maximum de crédibilité.

Une autre particularité de ce récit est que l’Atlantide de Gibbins est une ville morte ou personne n’attends les archéologues, contrairement à ce qui se passe dans la plupart des autres romans sur la ville, le scénario mettant en scène des terroristes islamistes bien modernes comme principal obstacle à la quête des héros.

Depuis ce premier roman, Gibbins s’est attaché à faire voyager son héros mais a décidé de le faire revenir en Atlantide dans « The Gods of Atlantis » (2011), ou le héros retourne sur le site de la ville et se met en quête de la vérité sur un mystérieux objet atlante retrouvé par les nazis et clé d’une intrigue bien contemporaine. Si les nazis ne sont guère présent que pour faire vendre (et aussi, je pense, permettre à l’auteur de rendre hommage aux victimes de la barbarie nazie), l’ouvrage est surtout remarquable pour la réflexion qu’il introduit quant aux origines du concept de religion, l’Atlantide devenant un moyen pédagogique pour présenter les dernières théories scientifiques en la matière. Gibbins rejoint en cela la méthode utilisée par Jules Verne dont nous parlions au chapitre 3.

Un autre phénomène propre à cette période doit cependant être remarqué, celui de la diffusion du mythe en dehors du monde occidental. En effet la culture japonaise de l’après seconde guerre mondiale, dans sa quête de nouveaux modèles, se servit entre autre de l’Atlantide et d’autres cités mythiques issues de la culture occidentale comme Ys ou Avalon pour se créer de nouveaux référentiels, comme le démontrent une série de productions littéraires, cinématographiques ou vidéo ludiques.

Le premier titre qui apparait dans cette liste est celui de Lincoln Child, “Deep Storm”, très mauvais roman de 414 pages publié en 2007. Ce récit est noué autour du mystère qui entoure une mystérieuse plateforme pétrolière reconvertie et opérée par le gouvernement américain au cœur de l’Atlantique. Les équipes qui y travaillent dans le plus grand secret sont officiellement en quête de l’Atlantide mais une série de mystérieux évènements viennent perturber l’expédition et sont le prétexte à un livre d’aventure-catastrophe qui conduit à la découverte du fait que notre planète à servi de dépotoir pour armements extra-terrestres plusieurs milliers d’années avant notre ère. L’Atlantide n’est donc ici qu’un prétexte à un mauvais remake du roman Sphère de Micheal Crichton.

Autre auteur, autre univers, le roman “Atlantis Found” (traduit en 2000 sous le titre “Atlantide” ) de Clive Cussler nous plonge dans un autre univers et nous fait voyager aux quatre coins de la planète et du temps. De la plus haute antiquité à l’époque contemporaine en passant par la seconde guerre mondiale, du Colorado à l’Antarctique en passant par le troisième Reich, nous suivons ici les aventures de Dirk Pitt et de ses amis, les héros fétiches de Cussler, dans une aventure qui si elle n’a rien de réaliste ( citons simplement et sans rien révéler de l’intrigue le fait qu’un U-Boat nazi soit capable de naviguer et de combattre plusieurs décennies après la fin de la guerre ) n’en reste pas moins une aventure divertissante, honnête roman de gare dans lequel l’Atlantide est intégré dans la perspective des recherches nazies dans le domaine.

“The Hunt for Atlantis” de Andy Mc Dermott, roman de 544 pages publié en 2007, est lui un mélange entre les romans de Gibbins et de Cussler: on y retrouve une archéologue professionnelle qui cherche à découvrir l’Atlantide, aidée par des individus aux objectifs flous qui s’avèrent être les derniers descendants des Atlantes, bien décidés à restaurer la pureté de leur race en déversant sur le monde un virus dont seuls les porteurs d’un gène spécifiques seraient immunisés…

La quête de la jeune femme l’entraine là encore aux quatre coins du monde, lui faisant découvrir des villes atlantes plus ou moins abandonnées dans les jungles du Brésil et dans les neiges du Népal, nécessitant avant cela des passages à New York, en Norvège ou encore dans le palais d’un trafiquant iranien. Le style du roman est correct, même si ici encore la plausibilité de certains passages laisse dubitatif.

Le roman initial s’est ici aussi transformé en premier volume d’une longue série qui ne semble pas encore achevée au moment où je rédige ces lignes (mai 2012). La culture Atlante a laissé de nombreux vestiges allant de l’Atlantide initiale, coulée au large de l’Amérique du Sud, à des avants postes situés au cœur de l’Himalaya et de l’Amazonie. L’aspect technologiquement avancé des Atlantes est là encore présent, avec une mystérieuse énergie magnétique terrestre maitrisée par cette population et capable de devenir une arme effroyable.

La référence à un gène Atlante, présente depuis le premier roman de la série, est aussi intéressante car elle renvoie aux mythes nazis et à la race aryenne, montrant que l’auteur a décidé d’intégrer dans ses récits plusieurs aspects des mythes entourant la cité imaginaire : contrairement à Gibbins, Mc Dermott privilégie les éléments qui vont résonner dans l’inconscient collectif du vingt-et-unième siècle plutôt que de porter une réflexion sur notre société ou sur le passé.
L’Atlantide apparait également sous la plume de Bernard Werber dans sa trilogie des dieux (à partir de 2004), où l’un des protagonistes de la grande partie de création du monde décide de tricher en créant une telle Atlantide pour protéger son peuple, lequel est presque détruit par un grand raz de marée provoqué par les arbitres. Plus tard il recrée une néo-Atlantide écologiste qui est une adaptation du mythe pour le 21ème siècle. Le récit de Werber est bien plus proche des textes antiques et c’est avant tout l’aspect philosophique de l’Atlantide qui apparait ici, plus que tout élément d’aventure comme ceux trouvés dans les autres romans cités ci-dessus.

On notera (et c’est peut-être une conséquence de ma politique d’acquisition qui rendrait toute tentative de conclusion caduque) la prépondérance des publications anglophones. Il faudrait une étude bien plus poussée pour dresser un tableau plus complet mas l’on constate néanmoins qu’ils rentrent assez bien dans les schémas observés pour les époques antérieure, comme quoi il n’y a rien de neuf sous le soleil !

Bien entendu les courants audio-visuels observés dans le chapitre précédant continuent de se développer en ce premier quart du vingt-et-unième siècle, avec surtout l’apparition notable d’une Atlantide réinventée dans la série Stargate Atlantis, laquelle met en scène une cité-vaisseau spatial submergée dans une lointaine galaxie et évacuée par ses habitants ensuite réfugiés sur Terre, une évacuation ayant donné naissance au mythe.

Cette série va reprendre nombre de concepts inventés par les auteurs du début du vingtième siècle, mais introduit une innovation en ce sens que la cité est en elle-même partie du parcours initiatique de ses découvreurs, lesquelles doivent apprendre son fonctionnement, découvrir ses limitations, et comprendre les mystères qu’elle abrite sans pouvoir rencontrer d’Atlante, ici appelés « Anciens ».

On peut considérer que cette série est la dernière apparition en date « grand public » du mythe, et cette Atlantide spatiale aura sans doute fortement atténué l’image du mythe original, désormais masqué par cette réinterprétation visuelle à grand budget.

Autre production des années 2000, le film « Atlantis, l’Empire perdu » des studios Disney se pose comme l’antithèse de la série de S-F en ce sens qu’il reste proche des romans d’aventure du début du siècle, ici adaptés pour un très jeune public. Néanmoins il est aussi à noter que le film fait un certain nombre de clins d’œil à l’un des personnage de la série Stargate et de Stargate Atlantis, tout en s’inspirant également de Jules Vernes (et peut-être, mais ils le contestent, d’un anime japonais de 1990 qui mettait lui aussi Atlantis en scène, « Nadia et le secret de l’eau bleue »)

Le vingt-et-unième siècle voit donc l’Atlantide évoluer une nouvelle fois entre d’une part ceux qui restent fidèle au mythe et à ses déclinaisons « classiques » telles qu’elles se sont formées au cours des deux derniers siècles et d’autre part ceux qui la déforment au point de la rendre méconnaissable, ne gardant guère que le nom pour faire résonner une note familière à l’oreille du public.

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