Gore Vidal – Julian

JulianAuteur :

Gore Vidal

Titre :
Julian

1964, 532 pages

Cycle :
/

L’histoire en bref :
Deux vieillards, les philosophes Priscus et Libanios, se souviennent de temps meilleurs, alors que leur monde s’effondre et qu’une nouvelle religion finit de s’installer sur les ruines de l’Antiquité classique. Ces deux hommes savent pourtant que tout aurait pu être différent si un homme avait vécu. Un homme dont ils décident de se remémorer la vie, un homme dont ils décident d’honorer la mémoire. C’est homme c’est Julien, empereur de Rome, celui que les tenants de la nouvelle fois appellent « l’apostat » parce qu’il a rejeté leurs croyances pour en revenir à celles de ses ancêtres.

Nous sommes quelques années après la mort de Constantin, et Constance II est sur le trône. Le père de Julien a été assassiné sur son ordre ou celui de ses frères, parce qu’il était le demi-frère de Constantin, Julien et son frère Gallus n’ayant survécu qu’en raison de leur jeune âge. Éduqué par un évêque, il a tout appris des croyances des chrétiens. Mais il a aussi, par d’autres moyens, appris la philosophie, rencontré des défenseurs de l’ancienne foi, et il a décidé de se convertir.

Cet alors qu’il étudie la philosophie à Athènes que la nouvelle tombe : il est convoqué à la cour impériale de Milan. Là, il apprend ce que sera son destin : bras droit de l’Empereur responsable de la défense de la Gaule. A la tête d’une armée, lui le philosophe qui sait à peine tenir une épée, il va devoir affronter les barbares venus de Germanie qui ravagent tout sur leur passage. Relevant le défi, il pointera son épée vers le firmament et deviendra Empereur.

Mais cela ne va pas plaire à tout le monde, et nos deux narrateurs se remémorent ensuite les ennemis qu’il s’est fait, les complots, les trahisons, les obstacles mis à Julien durant la grande offensive de Perse, et finalement la fin des veilles croyances comme religion d’Etat. Leur voix s’éteint alors, comme s’est éteinte la voix des fidèles dans les vieux temples, comme s’est éteinte la voix de la civilisation antique à l’arrivée des barbares…

L’avis d’Eumène
Je savais qu’il s’agissait là d’un chef d’oeuvre de la littérature, même s’il n’est pas souvent évoqué. Une perle cachée, un pendant américain aux Mémoires d’Hadrien de Yourcenar, et une ode à un individu autrement plus fascinant que l’amant d’Antinoos. Lui même en disait lors d’une interview au Monde  :

Dans quelle mesure le roman de Marguerite Yourcenar, Mémoires d’Hadrien, a-t-il influencé votre Julien ?

Pas le moins du monde ! Yourcenar fait toutes les erreurs possibles pour un roman historique. D’abord, elle transforme Hadrien en Mme Yourcenar. Or il n’est pas Mme Yourcenar. Et, de surcroît, il n’est absolument pas comme elle le décrit. On voit bien qu’il y a des choses qu’elle ne peut ni entendre ni supporter. Ce jour, par exemple, où Hadrien, furieux, jette sa tablette à la tête de son secrétaire et lui crève un oeil. Une dame, et de l’Académie qui plus est, ne ferait jamais une chose pareille. Donc l’épisode disparaît ! Ensuite, il y a le passage où elle fait réfléchir Hadrien sur l’Angleterre, et lui fait dire : « Je soupçonne que cette petite île deviendra un jour le centre d’un très grand Empire. » Hadrien n’a pas pu pensercela. Hadrien a pensé aux poissons de la Manche, aux mines d’étain du nord de l’Angleterre – il n’a pas pensé une seconde à l’Empire britannique ! Tout cela est ridicule. Elle a tout surdécoré avec de la pensée moderne.

Mais le découvrir fut une vraie révélation, car sa plume est tout simplement belle et riche. Là ou il aurait pu surjouer certains aspects, là où il aurait pu virer dans le pathétique, là où il aurait pu chercher à créer un héros, un surhomme, il n’a en réalité donné vie qu’à un homme qui fit des choses, petites ou grandes, dont on a conservé la trace comme seuls ceux qui ont fait de grandes recherches peuvent le faire.

Gore Vidal a par ailleurs emballé le tout d’un ensemble fait d’humour, de mélancolie et de ce je-ne-sais-quoi qui attire dans la conversation de deux petits vieux. Si Libanios et Priscus donnent dans la comédie, le récit dans son ensemble est toutefois plus proche de la tragédie. Tragédie de l’homme, tragédie de l’humanité. Critique du monothéisme, critique de la fermeture d’esprit, critique du charlatanisme et du parasitisme aussi. Tout cela est dans ce roman, et plus encore. Un de ces livres dont on dit, à juste titre, qu’ils doivent être lus.

En bref, une recommandation pour tous !

Note finale :

10/10

Ils en parlent :

Chop Suey 59

Sous les galets la page

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