Jacqueline de Romilly – Ce que je crois

Auteur :

Jacqueline de Romilly

Titre :

Ce que je crois

2012, 160 pages

Cycle :

/

L’avis d’Eumène :

Pas d’histoire à vrai dire dans cet essais de la regrettée Jacqueline de Romilly. Ce livre posthume est en fait un petit plaidoyer pour la sagesse en période de mutation, un rappel des valeurs de base en période de crise, un livre écrit en 1974 et publié seulement aujourd’hui sans qu’il n’ait perdu de sa force ou de sa pertinence.

En quatre chapitres l’auteur nous parles de choses simples et belles, de petits plaisirs et de culture antique. Mais ce faisant elle nous parle aussi de nous, de notre époque, de nos rapports à autrui et à la société. Derrière chaque phrase vient se glisser une réflexion d’autant plus marquante qu’elle est inspirée par une situation vieille de près de quarante an, comme si nous n’étions pas encore sortis de la période de mai 68…

Bien entendu on y trouve certaines allusions dépassées, qui prennent dans ce contexte une touchante saveur de nostalgie même pour quelqu’un qui n’a pas trente ans… Et le tour de la langue, lui aussi légèrement suranné, comme peut l’être celui d’une dame qui avait soixante ans en 74 et devait vivre jusque 2010.

Mais l’on trouve surtout au sein de ces pages des réflexions sur l’évolution de la société qui doivent nous arrêter et nous conduire à nous interroger sur l’avenir que nous souhaitons pour nous et pour nos successeurs. Derrière les citations de Thucydide, de Platon ou des Tragiques se cachent les prémisses d’une prise de conscience qui pourrait paraître réactionnaire, tournée vers le passé, mais qui est en fait un appel à l’ouverture d’esprit et à accepter l’intérêt de l’expérience, fusse-t-elle celle de Grecs ayant vécu il y a 2500 ans.

On peut penser ce que l’on veut de cette profession de foi, mais pour ma part cela recoupe largement ma pensée et ma philosophie : ce que crois Mme de Romilly, j’y crois aussi. Et je pense que vous pouvez nous rejoindre dans cette croyance…

Note finale :

9/10

Jacqueline de Romilly – Alcibiade ou les dangers de l’ambition

Auteur :

Jacqueline de Romilly

Titre :

Alcibiade ou les dangers de l’ambition

1995, 285 pages

Cycle :

/

L’histoire en bref :

Biographie historique sérieuse d’un personnage haut en couleur de l’Athènes du cinquième siècle, nous suivons les pas d’un golden boy à qui la vie à tout donné sauf la maîtrise de soi. Un golden boy éduqué par Périclès et par Socrate que l’ambition va dévorer, ce qui lui fera vivre des aventures qu’aucun romancier n’aurait osé imaginé : fils d’Athènes, il l’abandonne suite à un scandale alors même qu’il conduisait la plus grande armée jamais rassemblée par la cité. Passant à l’ennemi spartiate, il donne aux rivaux de sa patrie des informations sur tous leurs secrets et des conseils sur comment les vaincre. Après avoir séduit la reine des Lacédémoniens, il part en Perse où il séduit par son intelligence et sa beauté les représentants du Roi des Rois, devenant en pratique l’homme qui décide de la politique achéménide envers la Grèce, une politique qu’il va ré-orienter en faveur d’Athènes, avant de regagner l’armée athénienne et de lui offrir victoires après victoires jusqu’à ce que l’échec d’un subordonné le contraigne à une nouvelle fuite vers un petit royaume personnel qu’il s’est créé en Thrace, un royaume d’où il observera la défaite finale d’Athènes en 404 avant de devoir fuir une nouvelle fois, et d’être finalement assassiné sur la route menant à Persépolis.

A lui seul, il tint entre ses mains le destin de toutes les nations de Grèce et de la Méditerranée orientale, à lui seul il tint entre ses mains le destin de la Sicile, de l’Italie et de Carthage, à lui seul il tint le destin de tous les hommes de son époque à l’exception d’un : lui-même.

L’avis d’Eumène :

Il est rare que je parle ici des livres de « l’autre bibliothèque ». Pourtant celui-ci mérite que je fasse exception. Tout d’abord, et quoiqu’il ait été rédigé avec tout le sérieux et la rigueur d’une des plus grandes hellénistes française, il est écrit d’une manière simple, agréable, vivante, loin des traités scientifiques parfois bien arides… En outre il présente une vie exceptionnelle, un destin comme l’histoire n’en livre que peu, et son auteur n’hésite pas à le présenter dans toute son ambiguïté morale. La brillance même de l’homme est toujours mise en balance avec son insatiable ambition et nous fournit en cela une leçon pour les temps moderne.

La réflexion sur la démocratie, et plus particulièrement la démocratie en crise, est aussi intéressante. Si J. de Romilly met effectivement l’histoire antique en parallèle avec l’histoire de son temps, elle formule des réflexions encore valables aujourd’hui, près de vingt ans plus tard. J’oserais même dire qu’elle est même plus pertinente aujourd’hui qu’hier et que le lecteur qui se plongerait dans ce livre y gagnerait un moment de délassement utile et un bon moment générateur de réflexions qui l’aideront aussi à réfléchir à sa vie et à la société dans laquelle il vit.

Note finale :

9/10

Euripide – Hécube

Auteur :

Euripide

Titre :

Hécube

2002, 130 pages (ed. Belles Lettres)

Cycle :

Guerre de Troie

L’histoire en bref :

La vieille reine Hécube, mère d’innombrables enfants, épouse de Priam aux cent fils et aux cent filles, est désormais captive, esclave de ces Grecs qui ont prit la cité de Troie aux murailles que l’on croyait imprenable. De ses enfants, seuls survivent son fils cadet, Polydore, et deux de ses filles, la vierge Polyxene et Cassandre, la prophétesse ignorée qui couche désormais dans la tente d’Agamemnon. Mais le sort va encore s’acharner sur elle et c’est en supliante qu’elle s’adressera à Agamemnon pour qu’il lui accorde au moins une vengeance contre l’un de ses tourmenteurs.

L’avis d’Eumène :

Une pièce moins connue, où la place du surnaturel est un peu plus importante et où la tragédie se fait un peu moins tragique pour laisser place à la colère et à la vengeance : ici la victime n’est plus passive, et elle n’est plus seule parmi les hommes, d’autres lui apporteront le concours de leurs bras pour lui permettre de faire payer Polymestor l’odieux. Une pièce moins facile à suivre, où la mise en scène jouait un rôle plus important pour faire avancer l’intrigue et où le texte annonce d’autres tragédies…

Bref une lecture un peu moins plaisante que celle de l’Ajax, mais néanmoins un des grands classiques de la littérature universelle.

Note finale :

8/10

Sophocle – Ajax

Auteur :

Sophocle

Titre :

Ajax

2002, 125 pages (ed. Belles Lettres)

Cycle :

Guerre de Troie

L’histoire en bref :

Ajax est un grand guerrier, le meilleur des Achéens se battant sous les murs de Troie depuis la mort d’Achille. Mais il est en colère et, prit de folie, il a massacré et massacré encore, un voile de folie devant ses yeux, croyant plonger son glaive dans les entrailles des chefs venus de toute la Grèce. Mais Athena veillait, et à son réveil il va découvrir que ses victimes ne furent que du bétail, mais que sa honte est désormais incommensurable.

Doit-il vivre ? Mourir ? Et comment perdre la vie ? Peut-il laisser sa concubine sans protection, son fils sans gardien ? Et mort, pourra-t-il être enterré ?

L’avis d’Eumène :

Le terme de tragédie prend tout son sens lorsque l’on découvre le destin du héros Ajax. Tragédie pour lui, tragédie pour les siens, une fin voulue par le Destin, tissée par les Moires et auquel même les Dieux n’auraient pu rien changer. Articulée en trois parties, la pièce va d’abord planter le cadre, donner à voir le crime. Elle donnera ensuite à voir la réaction du meurtrier aveuglé mais retrouvant la raison, et celle de ses proches. Enfin viendra le moment où il faudra convaincre Agamemnon de laisser s’accomplir les rites funéraires pour un homme qui, s’il n’avait pas été frappé de folie, l’aurait assassiné.

La pièce est puissante, elle prend aux tripes. Sa construction, avec un Ulysse d’abord ennemi puis devenant défenseur du défunt, avec cette douleur, ici renforcée par la crainte de l’esclavage, des proches, avec enfin ce sentiment lourd et pesant qui vous prend dès les premières pages, car tout le monde qu’Ajax s’est suicidé, cette construction donc vient pas à pas, lentement, avec cette même inéluctabilité que le Destin que je mentionnais il y a un instant.

Bref une très grande pièce, qui présente aussi l’avantage d’être l’une des plus accessibles des grandes tragédies grecques car elle ne fait au final que peu de références au reste de la culture grecque, étant un véritable huis-clos qui se concentre auteur d’Ajax, de sa compagne, d’Agamemnon, de Teucros (le frère du défunt) et d’Ulysse. Une lecture recommandée à tous !

Note finale :

9/10

Aristophane – Les guêpes

Auteur :

Aristophane

Titre :

Les guêpes

2002, 160 pages (ed. Belles Lettres)

Cycle :

/

L’histoire en bref :

Ah siéger au tribunal ! Décider de l’avenir d’un autre ! Jouir de ce sentiment de puissance, être incontournable alors même que l’on n’est plus qu’un vieillard incapable de servir sa cité les armes à la main, de cette façon glorieuse qui est l’idéal des Grecs ! Cette folie des grandeurs, Philocléon en souffre et son fils Bdélycléon est bien décidé à l’en guérir. Et s’il ne peut empêcher son père de rendre justice, du moins l’empêchera-t-il de participer à celle de la cité… Mais pourquoi faire tout un fromage de ce vol commis par le chien Labès, dénoncé par le second canidé de la famille, Cydathénien ?

L’avis d’Eumène :

Au coeur de l’actualité de son temps, Aristophane nous offre ici une satyre des moeurs de cette Athènes démocratique où tout était sujet à un procès en nous un présentant un confinant à l’absurde. Nombre d’allusions de ce texte ne peuvent être qu’obscures, même pour des personnes connaissant bien la période. Si certaines allusions sont claires, à l’image des références au démagogue Cléon, et si les éditeurs font de leur mieux pour expliquer les autres, ce texte ne sera sans doute pas lu par tous. D’autant que l’absence de descriptions de l’aspect visuel des scènes décrites ne permettra pas à ceux qui ne connaissent pas la comédie attique de visualiser certains aspects qui faisaient éclater de rire le public athénien.

Une lecture que je ne recommanderais donc pas à tout le monde, mais qui a su me divertir et qui fait penser au thème de la justice à une époque où notre société ne cesse de remettre en cause ses institutions judiciaires !

Note finale :

7/10

Suétone – Vie des douze Césars – César et Auguste

Auteur :

Suétone

Titre :

Vies des douze Césars – César et Auguste

2008, 267 pages

Cycle :

La vie des douze Césars

L’histoire en bref :

Au commencement était un homme, Caius Julius César. Très tôt il apparu comme un individu qui marquerait l’Histoire, très tôt il suscita de profondes passions. Un jeune homme devait lui succéder : Octave, bientôt connu sous le nom d’Auguste. Ces deux hommes ayant vécu près d’un siècle avant l’auteur, avaient façonné le monde connu pour des siècles. Leurs noms mêmes étaient devenus mythiques et ils étaient présents jusqu’au calendrier.
De leur vie, Suétone nous rapportera la petite et la grande histoire. Des informations générales sur leur vie publique aux détails croustillants de leur vie privée, de leurs petites et de leurs grandes manies, de leur physique et de leur caractère l’homme nous révélera tout…

L’avis d’Eumène :

Je n’avais jamais lu de manière continue tout le texte de ce texte antique, ayant toujours procédé à la consultation de passages bien identifiés, à la recherche d’informations spécifiques. Mais ce week-end j’ai décidé de me plonger dans ce texte dans la version éditée au sein de la collection « Classiques en poche » qui présente le texte ancien et sa traduction.

Deux vies, deux hommes que l’on peut qualifier de géants, deux personnifications du principe des Grands Hommes. Mais vu au travers des écrits de Suétone se sont aussi des individus avec leurs vices et leurs talents, leurs vanités et leurs excès. On dit parfois de Suétone qu’il a fait les caniveaux de Rome pour y pêcher ses informations, et il est vrai qu’il ne nous épargne aucun détail, pas même les plus scabreux. Auguste y apparait comme un pédophile s’entourant de jeunes enfant et dé-fleurant les jeunes filles apportées dans son lit par son épouse. Pourtant quel auteur nous apporte autant de détails sur les maladies, le physique ou le comportement quotidien de ces deux pères fondateurs de notre civilisation ?

Bien sur les historiens aimeraient en savoir plus, ils apprécieraient que Suétone ses connexions et son accès permanent aux archives impériales les plus secrètes pour nous fournir des informations de nature à mieux éclairer le fonctionnement des institutions ou le processus de prise de décisions politiques mis en place par César et Auguste, à la correspondance desquels il a plein accès et dont il nous cite d’ailleurs des passages.

Il m’a fallu faire appel de temps à autre au texte latin pour m’assurer de la traduction, mais au final la lecture fut plaisante, sans grandes longueurs et même parfois clairement amusante (quoique cela ne fut sans doute pas l’objectif premier de l’auteur…). Rendre dans leur contexte les différents passages que j’avais pu lire par le passé fut également des plus intéressant.

Au final une lecture sympathique qui, en fournissant une biographie historique, rentre tout à fait dans le cadre du challenge Histoire.
Note finale :

7/10

N.B. :

Challenge Histoire

Sophocle – Antigone

Auteur :

Sophocle

Titre :

Antigone

2002, 160 pages (ed. Belles Lettres)

Cycle :

Cycle Thébain

L’histoire en bref :

Son père, Oedipe, avait épousé sa propre mère pour lui donner naissance, après avoir tué son géniteur. Son premier frère était mort, l’épée à la main, conduisant une armée contre sa patrie, Thèbes. Son autre frère était mort en assurant la défense de Thèbes face aux envahisseurs venus renverser son pouvoir. Aujourd’hui c’est leur oncle, le roi Créon, qui a prit le contrôle du palais et imposé que le cadavre du traitre soit laissé aux chiens et le héros enterré avec tous les honneurs. Elle, femme pieuse, sœur aimante, ne peut se résoudre à pareille infamie. Sa révolte la mènera à la mort, sa révolte anéantira sa famille, sa révolte inspirera les hommes pour des siècles.

L’avis d’Eumène :

Antigone. Présente-t-on encore un tel monument de la littérature mondiale ? Tragédie superbe, réflexion philosophique toujours d’actualité, inspiration politique et littéraire pour des générations, ce texte modeste est un des plus beaux que nous ait laissé l’Antiquité. Alors oui, il peut sembler parfois rude, sec, loin de ce que nous, citoyens du vingt et unième siècle, attendons d’un texte. Mais ce n’est pas tant sa forme (qui est plus belle dans sa version originale) que son contenu qui doit nous attirer vers ce texte. Place de l’individu dans la société, l’individu face à la loi, le poids de la loi des hommes face à celle de la nature (ou des dieux), la fidélité à ses proches… Tels sont les thèmes explorés par cette pièce, des thèmes magnifiquement mis en valeur et exprimés avec une vibrante émotion. Alors même si je préfère Eschyle à Sophocle, même si je ne me plonge pas tous les jours dans la tragédie, je ne puis qu’être en admiration devant ce texte dont je vous recommande la lecture.

Note finale :

9/10