News en vrac, vrac de news
Bonjour à tous,
Je dois faire mon mea culpa, je lis beaucoup de livres ces derniers temps mais ne publie pas beaucoup de reviews, alors même que c’est l’objectif même de ces pages. Bien sur mes deux semaines en Bulgarie (dont vous trouverez le compte rendu sur mon blog voyages) a prit une bonne partie de mon temps, mais ce n’est pas une raison. Mea culpa donc !
Seront prochainement critiqués :
- Angels of Vengeance de John Birmingham
- The Sword of Damascus de Richard Blake
- Night Trap de Gordon Kent
- Choosers of the Slain et Sea Strike de James Cobb
- Reaper’s Gale de Steven Erickson (que j’aurais l’occasion de croiser la semaine prochaine, je reviens là dessus dans un instant)
- Le déchronologue de Stephane Beauverger
- Littérature fantastique : Belgique, terre de l’étrange vol. 3 (cela comptera pour mon challenge consacré à la littérature belge)
Notons aussi que j’ai récemment fait l’acquisition de quelques volumes présents sur ma liste de souhaits ou découverts au hasard des rayons, notamment :
- The other log of Phileas Fogg, de Philip José Farmer
- The Leopard Sword de Anthony Riches, quatrième volume dans sa série consacrée à Marcus Valerius Aquila
- The Columbus Affair de Steve Berry, un volume qui semble ne pas s’inscrire dans sa collection consacrée à Cotton Malone
- 1984, de Georges Orwell, déjà lu par le passé mais absent de mes rayonnages
J’ai aussi acquis courant avril une série de vieux techno-thrillers, certains que j’avais du revendre au début des années 2000 et d’autres que je me suis finalement décidé à acquérir sur le web en occasion, un choix que je n’apprécie guère mais qui est parfois la seule solution possible… Outre les Gordon Kent et James Cobb déjà mentionnés, je me suis donc fait livrer Peacemaker de Gordon Kent ainsi que Vortex, Day of Wrath et Red Phoenix de Larry Bond. Bref que du bon vieux techno-thriller comme on en fait plus… (surtout les Gordon Kent, romans écris par un tandem père et fils issus de l’US Navy et dont le fils a désormais pris la plume sous son vrai nom, Christian Cameron, dont vous savez déjà que je l’apprécie beaucoup pour ses romans historiques situés à l’époque grecque antique…).
Enfin, dernière actualité de ce billet, je serais présent au colloque “Antiquité Greco-Romaine aux sources de l’imaginaire contemporain” dont le programme peut être consulté en ligne. Je devrais bien m’amuser fin de la semaine prochaine et vous ferais évidemment part de mes impressions !
Atlantide, la cité imaginaire : Chapitre IV : L’Anti-Atlantide de H.P. Lovecraft (6/11)
Ce texte est la sixième partie d’une série consacrée à la place de l’Atlantide dans l’imaginaire collectif. La publication se fait sur base hebdomadaire, cliquez sur les liens ci-contre pour lire les autres chapitres de l’étude : 1, 2, 3, 4, 5, 7, 8, 9, 10, 11
Chapitre IV : L’Anti-Atlantide de H.P. Lovecraft
La science, un autre auteur de cette époque ne l’aimait pas. Il la craignait, elle l’horrifiait et lui inspirant de terribles rêves. Cet auteur c’est H.P. Lovecraft, l’un des pères de la littérature de fantasy et d’horreur.
Pour lui aussi l’Atlantide sera aussi un mythe important car elle lui fournira le modèle de R’lyeh, « la cité aux corps morts, couverte d’algues ». Lovecraft, technophobe et antipositiviste si il en est, a créé toute une mythologie basée sur un monde caché dans lequel rodent d’effroyables créatures dont le terrible Cthulhu, indescriptible horreur vivant au fond des eaux au sein de sa cité cachée, laquelle jaillit des eaux dans la nouvelle « L’appel de Cthulhu », publiée en 1926.
Ici encore, comme chez Platon, la mer a engloutit les surhommes châtiés. Et si le rapprochement entre R’lyeh et l’Atlantide est si clair c’est aussi parce que deux autres nouvelles de Lovecraft, « The Temple » ( 1920 ) et « The Descendant » ( 1926, peu avant l’Appel de Cthulhu ) font explicitement référence à la cité de Platon.
Cependant la cité décrite dans « L’appel de Cthulhu » est bien différente de la plupart des autres Atlantide de la littérature :
« … ils arrivèrent à un littoral de boue, de vase et de blocs de maçonnerie cyclopéenne tapissés d’algues, qui ne peuvent être que la substance tangible de la suprême terreur de notre univers, la ville morte de R’lyeh, bâtie des millions d’années avant le début de notre histoire par les immondes créatures géantes sécrétées en de sombres étoiles. (…) Je suppose que seule avait dû émerger des eaux la hideuse citadelle couronnée d’un monolithe démesuré, où était enseveli le grand Cthuluh. (…) Johansen et ses hommes éprouvèrent une stupeur effarée devant la majesté cosmique de cette Babylone ruisselante bâtie par des démons anciens. Ils durent comprendre instinctivement qu’elle n’appartenait pas à notre monde ni à aucune planète sensée. Leur crainte face à l’énormité des blocs de pierre verdâtre, la hauteur vertigineuse du grand monolithe gravé et la ressemblance frappante des statues et des bas-reliefs monumentaux avec l’étrange idole trouvée sur l’Alert dans son reliquaire, tout cela apparaît de façon poignante avec son effroi à chaque ligne de la description. Sans rien connaître du futurisme, Johansen s’en rapproche beaucoup quand il parle de la ville ; au lieu de décrire une construction ou tel bâtiment précis, il privilégie l’impression générale d’angles et de surfaces immenses – trop pour appartenir ou convenir à cette terre – couverts d’hiéroglyphes et d’images impies. Je mentionne ce qu’il dit des angles car cela rappelle un propos de Wilcox au sujet de ses terribles rêves. Le jeune sculpteur disait que la géométrie de sa ville rêvée était anormale, non-euclidienne, en ce qu’elle évoquait de détestables sphères et des dimensions étrangères aux nôtres. … » (H.P. Lovecraft, L’appel de Cthulhu, in Dans l’abîme du temps, folio SF 37, pp. 211-215)
Et la description continue ainsi sur plusieurs pages. L’Atlantide de Lovecraft est une Atlantide de mort, l’attrait qu’elle suscite est une passion du morbide et de la folie.
Le mythe de l’Atlantide entre grâce à ces récits dans la conscience populaire, qui s’en empare. La brièveté du présent article m’empêche de traiter de tous les ouvrages qui ont marqué l’atlantologie à cette époque, je me suis donc concentré sur les ouvrages disponibles dans ma bibliothèque et sur internet, mais l’ouvrage de Foucrier ( dont on a déjà donné la référence dans notre premier article ) fournit une bonne analyse de ce phénomène et montre surtout comment le contexte politique des années 1870-1939 s’était montré particulièrement favorable à des récits qui, pour la plupart, racontent la décadence d’un Etat dominateur, éléments masqués derrière un récit romanesque.
On remarquera également que plus on avance dans le temps, plus la littérature de fiction passe d’un enthousiasme radieux et d’une confiance à toute épreuve en l’homme et la science à une vision de plus en plus pessimiste du monde dont Lovecraft est pour ainsi dire un aboutissement.
Dans tous ces récits une constante est l’appel à la capacité de l’esprit du lecteur de faire la synthèse entre des éléments culturels très disparates comme le montre l’Atlantide de A. Conan Doyle dans son roman “La ville du gouffre”. L’auteur y mélange couleurs vives rappelant les codex précolombiens, statues semblables à la fois aux Bouddha hindou et aux Baal ou Moloch puniques, et nombres d’autres éléments. Syncrétisme des lieux, syncrétisme des époques, le tout pour un lectorat qui ne connaît pas forcément les modèles nécessaires à l’évocation de l’image décrite par l’auteur.
Atlantide, la cité imaginaire : Chapitre III : La nouvelle Atlantide (5/11)
Ce texte est cinquième partie d’une série consacrée à la place de l’Atlantide dans l’imaginaire collectif. La publication se fait sur base hebdomadaire, cliquez sur les liens ci-contre pour lire les autres chapitres de l’étude : 1, 2, 3, 4, 6, 7, 8, 9, 10, 11
Chapitre III : La nouvelle Atlantide
Avec le XIXème siècle et le courant positiviste qui domine durant une grande partie de cette époque on assiste à un renouveau des recherches « scientifiques » (mais avant tout scientistes) sur l’Atlantide, aidé par les nouvelles découvertes scientifiques dans le domaine de la géologie et de la préhistoire par exemple. On retrouve l’Atlantide aux quatre coins du monde et même, dans la littérature de fiction, jusque dans l’espace. En cette époque de grandes expéditions au cœur de l’Afrique ou de l’Asie on imagine même l’existence possible de survivants de la civilisation atlante en quelque point reculé du globe.
Tous ne tombent cependant pas dans ces excès : Thomas Henri Martin, qui publie en 1841 une traduction commentée du Timée, met en garde contre une lecture réaliste du mythe de Platon. Mais la force même du texte original avec son interruption brutale et son récit fantastique le dote d’un attrait tel que beaucoup y succombent.
Tous ceux qui écrivent à partir de cette date sur le mythe de l’Atlantide n’ont pas forcément lu les textes originaux, ce qui explique parfois le grand écart entre ceux-ci et les ouvrages de cette époque.
En dehors des ouvrages « scientifiques » on constate la plupart du temps la transformation en récit romanesque de la fable politique originale. L’Atlantide est alors bien souvent un décor exotique qui plaît car il rappelle, de par son lien avec la Grèce, le style (néo-)classique en vogue à l’époque mais rendu encore plus attrayant par des éléments extérieurs.
Le récit comprend souvent un voyage, semé d’embûches, puis une phase de découverte et d’adaptation à la nouvelle réalité avant que ne surgissent des éléments perturbateurs parmi lesquels une romance et des troubles politiques dans la société Atlante reviennent souvent, causant dans la plupart des cas le départ des héros et la destruction de la cité et de ses habitants.
Cependant il faut noter que même dans ces cadres romanesques subsistent des traces de l’utopie de Bacon et de la fiction politique de Platon avec généralement une forte tendance au manichéisme : souvent le terrien débarquant en Atlantide va aider le parti des « bons » dont les valeurs morales et politiques sont jugées supérieures à lutter, parfois sans succès, contre les « méchants », souvent dépravés.
Tel est le cas des astronautes d’A. Toltstoï dans son « Aelita ou le déclin de Mars » publié en 1922 ou celui des naufragés de D.M. Perry dans son roman « The Scarlet Empire » publié en 1906 où les héros ont à affronter un régime communiste où l’égalitarisme est poussé à son paroxysme.
Les héros de Perry étaient parvenus en Atlantide au moyen d’un sous-marin, ceux de Tolstoï en fusée. Jules Verne a lui aussi utilisé le sous-marin dans « 20 000 lieues sous les mers » pour faire visiter l’Atlantide à ses héros guidés par le capitaine Némo : la science est ici associée à la découverte de l’Atlantide, qu’elle soit encore debout comme dans ces deux premiers exemples ou qu’elle ne soit plus que ruine comme chez Jules Vernes :
« En effet, là, sous mes yeux, ruinée, abîmée, jetée bas, apparaissait une ville détruite, ses toits effondrés, ses temples abattus, ses arcs disloqués, ses colonnes gisant à terre, où l’on sentait encore les solides proportions d’une sorte d’architecture toscane ; plus loin, quelques restes d’un gigantesque aqueduc ; ici l’exhaussement empâté d’une acropole, avec les formes flottantes d’un Parthénon ; là, des vestiges de quai, comme si quelque antique port eut abrité jadis sur les bords d’un océan disparu les vaisseaux marchands et les trirèmes de guerre ; plus loin encore, de longues lignes de murailles écroulées, de larges rues désertes, toute une Pompéi enfouie sous les eaux, que le capitaine Némo ressuscitait à mes regards. Où étais-je ? Où étais-je ? Je voulais le savoir à tout prix, je voulais parler, je voulais arracher la sphère de cuivre qui emprisonnait ma tête. Mais le capitaine Némo vint à moi et m’arrêta d’un geste. Puis, ramassant un morceau de pierre crayeuse, il s’avança vers un roc de basalte noir et traça ce seul mot : Atlantide. » (Jules Verne, 20000 lieues sous les mers, volume 2, chapitre 9)Jules Verne profite de l’occasion pour entourer ce passage d’un cours de biologie marine et de géologie d’une part, d’une narration du mythe de Platon et d’un bref aperçu sur les controverses nées du récit de l’autre. C’est une autre manière d’associer science et Atlantide, en faisant de sa découverte l’occasion d’une leçon, d’une éducation, qui passe elle aussi par un accès difficile, mini récit au cœur du roman, version miniature du grand schéma du récit atlantidéen.
Christian Cameron – God of War
Auteur :
Christian Cameron
Titre :
God of War
2012, 771pages
Cycle :
/
L’histoire en bref :
Ptolémée, roi d’Egypte, reçoit le jeune Satyrus, fils de l’athénien Kineas. Orphelin de père et de mère, le fils des maîtres des plaines scythes est venu chercher la protection du souverain, général d’Alexandre le Grand et l’un des hommes les plus puissants de ce monde où se déchirent les Diadoques, les successeurs du conquérant macédonien.
Immédiatement une certaine complicité va se nouer entre les deux hommes, entre le vétéran de la conquête du monde, élève d’Aristote et ami d’enfance d’Alexandre, et le jeune garçon de 13 ans. Ptolémée va donc emmener Satyrus dans la tombe du conquérant, et l’entrainer dans ses souvenirs.
Souvenirs d’un jeune noble macédonien soumit à une éducation rigide, victime et acteur des complots d’une cour dominée par la personnalité intense de Philippe II, le père d’Alexandre, et d’Olympias, mère de celui qui deviendra le vainqueur de la Perse.
Souvenirs ensuite d’un jeune officier entraîné dans une longue campagne contre de nombreux ennemis barbares autant que civilisés, puis confronté au mépris de ses aînés, les généraux et officiers du père du nouveau roi. Souvenirs de la campagne d’Asie Mineure, des combats contre Memnon, le mercenaire grec de Darius, et des sièges d’Halicarnasse, de Tyr et de Gaza. Souvenirs de la lente évolution d’Alexandre, de sa transformation progressive, au fur et à mesure de l’avancée vers l’est de ses armées. Souvenirs de l’homme dans toute sa gloire, et dans toutes ses faiblesses.
Mais ces souvenirs ne sont pas seulement ceux d’un proche d’Alexandre sur son roi, mais aussi les souvenirs d’un homme devenu roi à son tour, d’un homme amoureux et d’un homme critique, d’un homme contraint à faire des choix et à subir ceux d’autres personnes.
L’avis d’Eumène :
Christian Cameron a longtemps tourné autour de lui mais cette fois c’est fini : Alexandre le Grand sera présent en chair et en os, et il sera le héros de ce récit. Mais l’est-il vraiment ? N’est pas plutôt une vision héroïsée de Ptolémée qui nous est ici donnée ?
Comparé à d’autres récits, ce roman se défend très bien : bien structuré, sans longueur majeure, avec quelques innovations bien trouvées, insistant sur des passages moins bien connus du mythe né autour du conquérant, il sait se distancer à la fois des romans de Pressfield (The Afghan Campain) et de Manfredi.
Est-il l’Alexandre le plus proche de ce que nous offrent les sources ? Sans doute pas. Suis-je satisfait par les scènes décrites ? Pas toujours. La bataille de l’Hydaspe me semble ainsi bien mal décrite, et n’a certainement pas la puissance évocatrice de la scène du film d’Oliver Stone…
Cependant et malgré ses défauts ce roman à su me séduire et me garder captif jusqu’à la fin, ce qui est un bon point !
Note finale :
8/10
Ils en parlent aussi :
Atlantide, la cité imaginaire : Chapitre II : La lumineuse Renaissance du mythe (4/11)
Ce texte est la quatrième partie d’une série consacrée à la place de l’Atlantide dans l’imaginaire collectif. La publication se fait sur base hebdomadaire, cliquez sur les liens ci-contre pour lire les autres chapitres de l’étude : 1, 2, 3, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11
Chapitre II : La lumineuse Renaissance du mythe
La Renaissance voit apparaitre une nouvelle interprétation du mythe de l’Atlantide sous la plume de Francis Bacon, qui rédige en 1627 sa célèbre utopie New Atlantis. Cette publication marque un véritable tournant dans la production littéraire sur l’Atlantide car pour la première fois un auteur se sert directement et clairement de l’Atlantide pour créer quelque chose de nouveau. Cet ouvrage est aussi l’une des premières utopies rédigées depuis la Cité de Dieu de Saint Augustin, œuvre majeure du 5ème siècle.
En tant qu’utopie, la nouvelle Atlantide de Bacon propose un projet de vie fondé sur la recherche scientifique. La communauté fictive de Bensalem est entièrement tournée vers le progrès scientifique, lequel garantit le salut de l’âme.
C’est évidemment une toute nouvelle symbolique pour la ville qui cesse ainsi d’être la cité du pêché pour devenir celle du salut, d’abord celle du salut de ses habitants puis celui du monde entier lorsque les grands prêtres de cette technocratie théocratique autorisent les Européens qui y ont échoué à repartir vers leur monde afin d’y partager le savoir qu’ils ont acquis durant leur séjour.
A partir de ce moment le mythe de l’Atlantide va être relu de plusieurs manières selon deux orientations : la première consiste en une lecture (pseudo-)scientifique du mythe, dans le cadre de laquelle on essaye de rattacher la ville disparue au monde historique et géographique tandis que la seconde, phénomène surtout visible à partir du XIXème siècle, est faite de récits littéraires, le plus souvent en prose et n’étant pas forcément de nature romanesque, ayant une valeur soit de divertissement soit de réflexion philosophique ou politique.
Les auteurs de la Renaissance et de l’époque moderne se divisaient principalement en deux groupes selon qu’ils considéraient l’existence de l’Atlantide possible ou non. Ceux qui en réfutaient l’existence le faisaient généralement sur une base théorique, pour ne pas dire théologique, relayant en cela la position de l’Eglise, toujours réticente pour ne pas dire hostile face à la mythologie païenne.
Pour certains il s’agissait au mieux d’une mauvaise interprétation du texte biblique, Platon étant souvent considéré comme l’interprète grec du dogme chrétien comme on le constate dans les œuvres de Marsile Ficin (15ème siècle), Jean de Serres (16ème siècle), Eurenius et bien d’autres encore. A force de rechercher dans les textes de Platon des liens avec l’Ancien Testament certains iront jusqu’à déclarer que les Atlantes ne sont autres que les Hébreux et l’Atlantide, terre perdue, était la Palestine.
Tous ces débats sur un peuple disparu n’apparaissant pas dans la Bible doivent être remis dans le contexte plus général des débats sur l’existence de peuplades inconnues sur les terres nouvelles des Amérique. L’Atlantide devient alors le pont par lequel les populations européennes ( donc liées au monde catalogué par la Bible ) avaient pu coloniser l’Amérique et le message de Dieu se propager sur ces terres lointaines avant que ne disparaisse ce pont. Évidemment cette explication rationnelle pour les auteurs de l’époque était avant tout un moyen de se rassurer et de conforter les concepts ethnocentristes européens comme l’explique C. Foucrier dans son ouvrage Le mythe littéraire de l’Atlantide (1800-1939) (sans doute la meilleure analyse de la destinée littéraire de l’Atlantide publiée en français).
Cette idée d’un continent pont entre les Amérique et l’Europe et moyen de diffusion de l’espèce humaine et des idées sera reprise plus tard par les naturalistes du XIXème pour inventer le continent de Lémurie, seul moyen pour eux d’expliquer la diffusion de nombreuses espèces des deux côtés du Pacifique à une époque où l’idée de dérive des continents n’existait pas encore.
A l’époque des Lumières le mythe continue de passionner les auteurs qui débattent du rôle exact de l’Atlantide dans la naissance de la civilisation. Si Gamboa considérait en 1572 que Atlas, fondateur de l’Atlantide, était le fils du Japhet biblique ( en raison d’une homonymie avec le titan Japet de la mythologie grecque, père d’Atlas dans la Théogonie d’Hésiode ) et que l’Amérique était la partie immergée de l’ancien empire disparu, les auteurs du XVIIIème comme Gian Rinaldo Carli considéreront eux que les lois des Indiens étaient les meilleures et que ce furent les Indiens qui vinrent coloniser l’Europe et la civiliser en des temps anciens, une hypothèse d’ailleurs assez risquée à cette époque où l’Eglise restait très puissante…
C’est donc du XVIIIème siècle que date l’idée que les Atlantes auraient été des êtres supérieurement cultivés dominant tant dans le domaine de la technique que dans celui de de la morale ou celui des choses intellectuelles en général. Des barbares Atlantes venus envahir l’Europe on était passé à une civilisation brillante et pacifique, de bons sauvages qui auraient régressé au fil du temps et des catastrophes naturelles. Exit donc l’hybris du mythe platonicien, fini le châtiment divin, place à un univers très rousseauiste, très conforme à l’ère du temps. L’Atlantide est ici une ville où l’auteur trouve ce qu’il cherche, un lieu où il est assuré de trouver l’objectif de sa quête morale et l’exemple à donner à ses lecteurs.
Dès 1679 on trouve les prémices de ce mouvement dans Atlantica de Olof Rudbeck, dans laquelle l’auteur suédois se servait des mythes scandinaves pour relire le mythe de Platon et faire d’une Atlantide relocalisée en Suède la mère de toutes les civilisations, procurant aux Goths qui habitaient ces régions dans l’Antiquité de prestigieux ancêtres et ce à un moment où l’empire suédois commençait déjà à décliner et cherchait à se rassurer dans l’exaltation du sentiment national. C’est là la première des utilisations du mythe de l’Atlantide à des fins nationalistes, qui culminera sous le régime nazi.
C’est ici, au seuil du XIXème siècle, grand siècle de la fortune littéraire de l’Atlantide, que s’achève ce second article qui, je l’espère, vous aura déjà montré que derrière le vieux mythe antique se cachent différentes récupérations, différents centres d’intérêts qui tous relèvent des préoccupations du temps des différents auteurs.
Atlantide, la cité imaginaire : Chapitre I : Au commencement était Platon (3/11)
Ce texte est la troisième partie d’une série consacrée à la place de l’Atlantide dans l’imaginaire collectif. La publication se fait sur base hebdomadaire, cliquez sur les liens ci-contre pour lire les autres chapitres de l’étude : 1, 2, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11
Chapitre I : Au commencement était Platon
L’Atlantide est « née au monde » vers 350 avant notre ère sous la plume de Platon, philosophe athénien dont les écris de cette période concernent avant tout la politique, l’activité de la Cité, lui qui connut dans sa jeunesse la guerre du Péloponnèse et dans sa vieillesse la guerre contre Philippe II de Macédoine. L’objectif de Platon dans ses dialogues intitulés Timée et Critias était de fournir le modèle de la cité idéale, afin de permettre son apparition dans le monde réel et surtout d’éviter la décadence d’Athènes. Pour ce faire il entreprit de décrire comment les Grecs avaient pu, au fil des siècles, résister à de puissants ennemis dirigés par des souverains mythiques.
C’est dans ce contexte qu’il mentionne le combat des Athéniens vivant près de 9000 ans avant Solon (qui vécut des alentours de 640 à 558 av. J.C. ) contre une puissante nation composée des descendants d’Atlas, un fils de Poséidon, guerre qui s’acheva lorsque la terre et les flots engloutirent l’armée athénienne et la ville de leurs ennemis. Ce récit, sur la véracité duquel insiste Platon, est raconté par Critias, l’un des 30 tyrans de la révolution oligarchique de 404 av. J.C., qui l’aurait lui-même apprise par la tradition familiale, son arrière-arrière-grand-père l’ayant reçue de Solon, le grand homme l’ayant apprise auprès d’un grand prêtre de Saïs, un des lieux les plus sacré de l’ancienne Égypte.
Platon reprend son récit de manière plus détaillée mais avec un certain nombre de contradictions dans un second ouvrage, le Critias, dans lequel il donne une série de détails sur la cité, son organisation politique, son architecture, le mode de vie de ses citoyens, et divers autres éléments.
Dès l’Antiquité des doutes se sont élevés au sujet de la véracité du récit : Aristote, que certains décrivent comme jaloux de son maître, considère qu’il s’agit d’une affabulation de celui-ci. Mais Diodore de Sicile (1er siècle av. J.C.) reprends pour sa part une partie du récit.
D’autres auteurs antiques, tant païens que chrétiens, s’impliquent dans le débat : Pline l’ancien (1er siècle), Tertullien (2ème siècle), Ammien Marcellin (4ème siècle) et Proclus (5ème siècle) en font partie.
Au Moyen-Age on ne trouve pas de mentions de la ville engloutie. En revanche d’autres mythes se répandent qui y ressemblent de manière troublante. Le plus connu d’entre eux est le mythe de la ville d’Ys : durant la période trouble qui suit le retrait de l’Empire Romain de Bretagne, un souverain local du nom de Gradlon vit dans une capitale protégée par de hautes digues et des écluses dont il porte en permanence la seule clé. Il est le père d’une jeune fille jolie mais débauchée du nom de Dahut qui, séduite par le démon, vole la clé de son père et ouvre les écluses en pleine tempête, provoquant la destruction de la ville tandis que son père est sauvé par St Guénolé (dans d’autres version il est question de St Corentin), lequel était son conseiller le plus proche : c’est ici le triomphe de la foi qui est mis en exergue.
Ce mythe présente évidement de grandes différences avec celui de l’Atlantide, notamment l’apparition du christianisme, mais l’on ne peut s’empêcher d’être frappé par la ressemblance du prédicat de départ, à savoir le fait que le comportement impie d’une population entraîne la destruction de la ville par la noyade. Bien sur le mythe d’Ys reprend nombre d’éléments issus de la mythologie celtique et est recouvert d’un verni chrétien que ne porte pas le récit platonicien mais le message des deux textes est le même, une invitation à bien se conduire.
Le mythe d’Ys n’est pas le seul mythe breton à évoquer ainsi une cité disparue sous les flots : Aise, qui selon certains est une déformation du nom d’Ys, aurait subi un sort similaire (même si le mythe est ici moins complet).
La caractéristique de ces textes est avant tout de rester dans le domaine du mythe éducatif et de l’élévation morale ( et même spirituelle avec l’apparition du christianisme ), la grande leçon étant qu’une vie de débauche et d’impiété entraîne un châtiment divin.
Ce n’est pas un thème rare et l’inondation est souvent utilisée par les dieux pour punir les hommes : de l’épopée de Gilgamesh à la version coranique du déluge biblique en passant par les mythes de Deucalion, fils de Prométhée, ou encore celui de Philémon et Baucis que nous rapporte entre autre Ovide, nous voyons de nombreuses inondations purificatrice de l’espèce humaine. D’autres cultures ont également fait mention dans leurs mythes de déluges comme les Mayas dans le Popol Vuh, un ouvrage souvent appelé “la Bible des Mayas”.
Atlantide, la cité imaginaire : Introduction (2/11)
Ce texte est la seconde partie d’une série consacrée à la place de l’Atlantide dans l’imaginaire collectif. La publication se fait sur base hebdomadaire, cliquez sur les liens ci-contre pour lire les autres chapitres de l’étude : 1, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11
Introduction
Qu’est-ce qui unit Solon, Socrate, Critias, Platon, Francis Bacon, Jules Vernes, Tolstoï, H.P. Lovecraft, J.R.R. Tolkien, Clive Cussler, Edgar P. Jacobs, Arthur Conan Doyle, Hugo Pratt, Henry Vernes et Indiana Jones, pour ne citer que quelques noms ? Qu’est-ce qui agite les esprits depuis 25 siècles, donnant naissance à des centaines d’œuvres littéraires, picturales ou cinématographiques ? Qu’est-ce qui hante la conscience de l’Occident depuis qu’un philosophe en a parlé dans un traité de morale et de philosophie politique ?
La réponse à ces questions est simple, il s’agit de l’Atlantide, cette terre mythique engloutie il y a des millénaires en raison de l’hybris (terme grec que l’on traduira par “démesure” ou “orgueil») de ses habitants ainsi châtiée par les dieux de l’Olympe. Car l’hybris c’est la volonté de l’homme d’obtenir sur terre plus que la part qui lui a été allouée par les Dieux, c’est donc d’une certaine manière les défier, ce qui doit être châtié. Tantale, Minos, Atrée, et nombre d’autres sont maudits pour cette raison et souffriront tant de leur vivant que dans la mort, leur sort en Enfer étant souvent terrible. Dans la Théogonie d’Hésiode, les différentes races d’hommes (de bronze, de fer, etc.) qui se succèdent sont de même condamnées pour leur hybris, dans un cycle qui voit chaque race inférieure à celle qui la précède.
Cette Atlantide qui a engendré une impressionnante littérature doit sa prospérité à une ambiguïté présente depuis la première mention du mythe par Platon dans le Timée et le Critias, deux dialogues rédigés sans doute autour de la 108ème olympiade, l’an 352 avant notre ère. En effet depuis le début s’est posée la question de la réalité des faits décrits par Platon, et le fait que le texte s’interrompt brutalement au moment où Zeus s’apprête à détruire la cité a encore accrut la fascination que ce récit a eu sur les générations successives.
La présente série d’articles, issue des recherches menées pour un cours à l’université, cherchera à suivre la trace du mythe dans la culture occidentale des époques ultérieures, principalement dans la littérature : des utopies du 17ème siècle, en commençant par celle de Francis Bacon, aux dernières annonces de ( pseudo-) scientifiques concernant la localisation de l’île en passant par les romans et les jeux vidéo, nous verrons combien le mythe a été réutilisé, réinterprété, recréé même par certains au fil des siècles, nous penchant un peu plus en détail sur la période 1800-1939, extrêmement riche.
Mais l’Atlantide n’est pas la seule terre mythique engloutie par les flots : d’autres mythes comme celui d’Ys y ressemblent très fort, raison pour laquelle nous nous intéresserons également aux continents perdus de Mu et de Lémurie ainsi qu’à Avalon et Aise.
Il aurait pu être intéressant d’approfondir notre étude plus encore et de nous intéresser à des cités comme Sodome et Gomorrhe mais c’eût sans doute été aller trop loin pour le cadre limité de la présente série, d’autant plus que ces villes n’ont pas été englouties par les eaux comme le furent les exemples précédents.
Atlantide, la cité imaginaire : prélude (1/11)
Il y a quelques années, dans le cadre d’un cours d’histoire culturelle, j’ai été invité à réaliser un dossier sur l’imaginaire d’une ville. C’était en juin 2007, il y a une éternité donc. Et puis j’ai décidé de rendre ce travail public, dans une forme légèrement retouchée, sur mon blog de l’époque (bryaxis.be), aujourd’hui disparu. Finalement j’en publiais en mars 2009 (sous le pseudonyme Bryaxis) une troisième version sur le site Encrier.org, divisant mon texte en 3 parties.
Récemment des étudiants français m’ont contacté au sujet de ces articles, souhaitant des détails et mon avis sur la place de l’Atlantide dans la société d’aujourd’hui. Outre la réponse que je leur ai adressé j’ai décidé de publier une nouvelle version de mon texte, une version plus à jour, une version qui tienne compte des évolutions que j’ai pu observer.
Je vais donc vous livrer dix articles, au rythme d’un toutes les semaines, qui reprendront largement le texte de 2007 mais corrigé de certains défauts, certains points étant précisés pour un public plus large, des liens étant fait avec les commentaires déjà présents sur ce blog. Cela devrait nous occuper jusque début juillet, date à laquelle nous tireront quelques conclusions qui tiendront également compte de ce que j’aurais pu tirer du colloque “Antiquité gréco-latine aux sources de l’imaginaire contemporain” auquel j’assisterais début juin.
N’hésitez pas à publier vos questions dans les commentaires, j’y répondrais avec plaisir !
Matthew Pearl – The Technologists
Auteur :
Matthew Pearl
Titre :
The Technologists
2012, 480 pages
Cycle :
/
L’histoire en bref :
1868. L’Amérique se reconstruit après les dévastations de la guerre, et certains pensent que le futur de la nation dépend du savoir. Mais pas celui des salons de l’Université de Harvard, non, un savoir pratique né de l’expérimentation et de la méthode scientifique. Le Massachusetts Institute of Technology est la réponse à ce besoin et ses étudiants les pionniers d’une nouvelle ère bientôt marquée par la première promotion issue de ce nouvel enseignement. Issus de toutes les classes sociales, cette première promotion est au centre de toutes les préoccupation du directeur de l’établissement.
Mais lorsqu’une série de catastrophes générées par la science commence à provoquer d’énormes dégâts dans la cité, les jeunes apprentis-ingénieurs devront lutter pour permettre la survie de leur établissement face aux revendications des ouvriers anti-technologistes, à l’hostilité de Harvard et aux pressions politiques pour faire fermer ce qui apparaît comme la source de toutes ces étranges destructions…
L’avis d’Eumène :
Un très chouette roman, une des excellentes découvertes du premier trimestre de 2012, cet ouvrage se lit d’une traite. Les descriptions technologiques ne sont pas imbuvables, les personnages ont un réel caractère rendu dense par leur passé, la situation est complexe, les rebondissements nombreux, bref tout ce que l’on attend d’un roman.
Bien sur on peut aussi voir, sous-jacent à l’intrigue, un débat sur la place de la technologie dans la société, avec des problématiques très proches de celles qui surgissent encore aujourd’hui dans les débats sur la technologie, mais c’est surtout un roman qui essaye de recréer l’esprit qui régnait au MIT à sa fondation, en y ajoutant des évènements de nature presque fantastique pour bâtir un récit original qui ferait presque penser aux Mystères de l’Ouest, mais au coeur de la bonne société bostonnienne…
Note finale :
9/10
Kevin J. Anderson – Metal Swarm
Auteur :
Kevin J. Anderson
Titre :
Metal Swarm
2007, 684 pages
Cycle :
The Saga of Seven Suns
L’histoire en bref :
L’univers essaye de retrouver la paix après la terrible guerre contre les Hydrogues, ces créatures élémentales issues des profondeurs des géantes gazeuses. L’Empire Ildirien a subit de lourdes pertes et est tiraillé par de vifs chamboulements intérieurs imposés par son nouveau maître, lequel a décidé d’adopter une politique de franchise et de repentir pour les mauvaises actions de ses prédécesseurs. L’Empire terrien, lui, se dissout au profit d’une nouvelle fédération, mais le Chancelier Wenceslas n’a pas encore abandonné l’idée de regrouper une nouvelle fois toute l’humanité sous son contrôle.
Une humanité qui comprend aussi des populations de colons confrontées au retour de la race insectoïde des Klikiss, que tous croyaient disparus, et de sa lutte contre les robots qu’elle avait engendré.
Au coeur de ces temps troublés, plusieurs individus semblent découvrir une nouvelle réalité surprenante, une preuve de l’unité du tout avec tout… Mais n’est-il pas dangereux d’ouvrir ainsi des portes vers le coeur des civilisations ?
L’avis d’Eumène :
J’ai repris après une longue période la lecture de cette série, dont il me reste encore un volume à découvrir. L’intrigue est parfois tirées un peu trop en longueur, mais l’auteur a su y apporter de nouveaux rebondissements. Cependant on voit bien la direction dans laquelle il veut nous emmener, son écriture n’étant pas toujours des plus subtiles… Un Space Opera digne de la catégorie, mais sans éléments vraiments exceptionnels qui le tirerait du lot des oeuvres moyennes que l’on lit et puis oublie…
Note finale :
07/10
