Société et politique

Société et politique

Comment la société doit-elle s’organiser ? Comment nous influence-t-elle ? Comment l’appréhender, et comment la faire évoluer ?

B. Stiegler, interview

Citation notée le 02/01/2013

Les gens consomment de plus en plus parce qu’ils idéalisent de moins en moins.

Le désir est une production sociale, qui permet de transformer nos pulsions de vie, de mort, d’agressivité, en un rapport d’idéalisation, de sublimation.

Là où la pulsion consomme ses objets, le désir les investit, en prend soin.

Transformer les pulsions en investissement social est un long travail d’éducation qui commence dès notre naissance.

Aujourd’hui, l’industrie accapare notre attention et détruit notre capacité même à désirer en court-circuitant les éducateurs. Nous n’arrivons plus à nous investir dans la durée. Nous vivons impulsivement dans l’immédiateté.

Notre société décryptée, il faut cesser d’oublier de rêver si l’on veut autre chose qu’une morne existence apathique et ne fonctionnement qu’autour de l’argent. Il nous faut progresser, aller de l’avant, dans la construction de nos envies pour dépasser le stade de la pulsion consumériste et ré-apprendre à créer des projets de vie qui ne soient pas de simples plannings d’actions mais de vraies aspirations de fonds.

J. Keegan, L’art du commandement, 1991, p. 550 (1ère publication : 1987)

Citation notée le 04/04/2013

La démocratie  ramenée à l’essentiel, est un moyen de limiter l’égotisme et l’arbitraire des hommes au pouvoir, en les remplaçant par d’autres lorsque leurs prétentions deviennent intolérables.

L ‘alternance des doctrines politiques affichées n’est qu un aspect superficiel du système démocratique.

C est le droit qu’exerce la population d’éliminer du pouvoir une partie de la classe politique pour la remplacer par une autre, qui fait la supériorité de la démocratie (…).

Alors qu’en France l’affaire Cahuzac bat son plein autour de ce ministre menteur et fraudeur, alors que le scandale des révélations sur les comptes offshore fait hurler aux quatre coins du monde, alors qu’une part toujours croissante de la population hurle au « tous pourris », la lecture de ce passage des conclusions du traité sur le commandement de Keegan est venu à point pour rappeler les fondements de la démocratie et l’une des principales raisons qui fait que vivre en démocratie est et reste mieux que de vivre sous un autre régime politique.

J.-M. Besnier, « Demain les posthumains : le futur a-t-il encore besoin de nous ? », 2012, p.72 (1ere publication : 2009) 

Citation notée le 06/04/2013

Il y a déjà un certain temps que les sociologues s’aventuraient à prévoir que les hommes ne supporteraient bientôt plus l’image d’eux-même et qu’ils tâcheraient de se fuir par tous les moyens.

En 1970, dans « Le choc du futur », Alvin Toffler expliquait que la société allait imposer de plus en plus la mobilité et exiger de la flexibilité, du précaire et de « l’hyperchoix », c’est à dire l’obligation d’avoir continuellement à décider e anticiper sa trajectoire.

La fatigue qui devrait en résulter selon lui conduit inexorablement à la dépression qui nous habite aujourd’hui.

Une citation tirée d’une réflexion philosophique sur les orientations de la science et son rapport au corps, en particulier lorsque les chercheurs essayent de dépasser les fondements de notre humanité. Mais c’est un passage consacré à l’évolution des sociétés qui m’a ici d’autant plus interpellé que cela correspond parfaitement à la politique voulue par mon employeur actuel.

A. Dorna, « Présentation : Skinner et les utopies Walden », 2005, in B.F. Skinner, « Walden 2 Communauté expérimentale », deuxième édition, 2012

Citations notées le 26/04/2013

Quant au pouvoir, la pensée de Skinner est nette : le pouvoir ne doute jamais, et admet encore moins l’existence de ses erreurs… nulle part, les hommes au pouvoir n’acceptent de soumettre leurs buts à une évaluation objective. L’admettre serait reconnaître la futilité de leurs certitudes, l’inutilité des dogmes et le besoin d’une méthodologie d’évaluation rigoureuse de leurs décisions, assez contraire, logiquement, à leurs propres intérêts à court terme.

Page 19 : 

La politique au niveau macro-psychologique est une éternelle pirouette à la Sisyphe : les uns recommencent (les mêmes) erreurs qu’ils ont voulu éviter avec la même conviction et la même détermination.

Aucun bilan intermédiaire ne les empêche d’aller au bout de leurs aveuglements.

Les élections diriez vous ? Balivernes.

Le système électoral (toujours préférable à une dictature !) est fait de telle sorte que les élections ne sont jamais une véritable rectification des erreurs, à la rigueur une sanction pour certaines, rarement les « gros bonnets », et un recommencement avec d’autres, pour aboutir à de nouvelles impasses qui mettront en cause tout le régime.

C’est le moment des grandes purges. En définitive, c’est la règle de la punition pour tous comme expression d’une pédagogie extrême de la gouvernance du hasard.

Page 20 :

Quant au pouvoir, la pensée de Skinner est nette : le pouvoir ne doute jamais, et admet encore moins l’existence de ses erreurs… nulle part, les hommes au pouvoir n’acceptent de soumettre leurs buts à une évaluation objective.

L’admettre serait reconnaître la futilité de leurs certitudes, l’inutilité des dogmes et le besoin d’une méthodologie d’évaluation rigoureuse de leurs décisions, assez contraire, logiquement, à leurs propres intérêts à court terme.

Et ainsi, devant l’impasse de la société industrielle actuelle, personne ne propose une vraie alternative. L’absence de projet commun est en relation directe avec la multiplication des micro-théories.

La transformation des structures économiques (rêve communiste) s’avère insuffisante pour changer le mode de vie (libéral), les mentalités et les habitudes (conformistes), tandis que la société de libre marché (modèle capitaliste) ne cesse de montrer ses limites de misère, d’exploitation, de pollution, d’irrationalité, d’injustice.

Skinner disait, au début des années 1950, la démocratie moderne a fait son temps, elle produit des citoyens déçus, ce qui semble confirmer les théories des cycles, et la présence d’un sentiment d’impasse.

Certes, la démocratie offre plus d’avantages que les régimes despotiques fondés sur l’arbitraire et la force brute, mais elle n’apporte pas une solution durable ni satisfaisante.

En d’autres termes : la créativité individuelle est étouffée dans l’oeuf. L’opinion du grand nombre s’impose à tous, mais elle ne résout pas les problèmes de tous.

Page 21 :

Le postulat social de Skinner est simple.

Aucun gouvernement (aucune révolution) ne peut rendre l’homme heureux ni le forcer à l’être.

Le bonheur, ce truisme religieux qui est au coeur des utopies, n’a toujours pas été bien évalué.

La vulgate des Lumières, le libéralisme bien pensant, les anarchistes et le marxisme des intellectuels ont pris les rêves messianiques d’hier pour la réalité de demain, d’où leurs échecs.

Cette série de citation est tirée de l’une des trois introductions au roman « Walden 2 : communauté expérimentale » du grand psychologue comportementaliste B.F. Skinner, un livre publié en 58  mais qu’il faudra attendre près de 50 ans pour lire en français. Ces extraits me semblent mettre le doigt sur plusieurs des (nombreux) problèmes de notre société contemporaine, en particulier en ce qui concerne la relation entre citoyens et politiciens. Il en va de même pour la citation suivante, tirée de la seconde des trois introductions au roman.

M. Richelle, « Walden Deux a cinquante ans », 1998, in B.F. Skinner, « Walden 2 Communauté expérimentale », deuxième édition, 2012

Citation notée le 26/04/2013

Pages 38-39 :

On reproche aux politiciens d’avoir perdu le contact avec la population qu’ils sont supposés représenter, d’avoir fait des lois et géré la société avec peu de souci d’être compris par la majorité des citoyens, ou pire encore, d’avoir agi contre la population sous le couvert de discours techniques inaccessibles à l’entendement commun.

Les sources de cet état de fait sont de toute évidence nombreuses et complexes. (…)

L’incapacité à maintenir une communication claire entre la classe politique et la société civile est, dans une large mesure, le résultat de pratiques qui ne sont en aucun cas inhérentes à la démocratie : les fonctions politiques ont été réservées, de façon croissante, à des individus engagés dans une carrière politique à long terme, occupant souvent plusieurs mandats, développant entre eux un style prétendument technique qui à son tour légitime leur revendication quant aux difficultés de leur tâche, et par conséquent leur statut de politiciens professionnels.

Le seul fait que l’information ne s’écoule pas d’eux vers le peuple apparaît comme une démonstration que la politique ne peut pas être laissée dans les mais des citoyens ordinaires, qu’elle requiert des personnes hyper-spécialisées. Les procédures électorales ont favorisé cette conception, tout autant que les règles définissant l’accès aux fonctions et aux charges.

Le mécontentement parmi les citoyens résulte des divergences croissantes entre les paroles et les actions; entre la propagande électorale, essentiellement basée sur des promesses verbales, et les contingences de la vie réelle; entre la prétention de changer la vie et le fait cru que les choses restent comme elles sont. Il résulte aussi du nombre de sous-groupes, composant la minorité dans le sens démocrtique qui n’ont jamais l’occasion de partager le pouvoir, si bien qu’ils perçoivent le gouvernement démocratique comme un dirigent despotique.

Lire ce passage m’a fait une nouvelle fois songer au problème même de l’usage du mot démocratie pour parler de nos sociétés occidentales modernes, surtout lorsque comparées à la première de toutes, l’Athènes antique, avec ses mécanismes d’élection par tirage au sort, de reddition des comptes à la sortie de charge, et j’en passe. Une démocratie certes imparfaite (esclavage, droit des femmes, …) mais une démocratie des citoyens, ou chacun était actif et responsable.

Caius Plinius Caecilius Secundus, Lettres, IX,6.

Citation notée le 12 juin 2014

Tout mon temps, je l’ai passé au milieu de mes tablettes et de mes carnets dans une paix royale. « Comment, dis-tu, as-tu pu, en ville? » C’étaient les jeux du cirque, genre de spectacle qui ne me séduit pas le moins du monde. Rien de nouveau, rien de changé, rien qu’il ne suffise d’avoir regardé une seule fois.
Aussi je m’étonne d’autant plus que tant de milliers de spectateurs raffolent sans cesse, d’une manière aussi infantile, de voir des chevaux au galop, des cochers dressés sur leurs chars. Si encore c’était la vitesse des chevaux ou la virtuosité des cochers qui les attirait, il y aurait une raison. Mais en réalité, c’est une casaque qu’ils supportent, c’est une casaque qu’ils aiment. Et si jamais, en pleine course et au beau milieu de la lutte, on intervertit les couleurs, leur engouement et leur faveur changeront de camp; tout à coup ils laisseront tomber ces fameux auriges, ces illustres chevaux qu’à tout moment ils reconnaissent à distance, dont ils hurlent les noms. Telle est la popularité, tel est le prestige qu’il y a dans une tunique de si peu de valeur, passe encore dans la populace, plus vile que la tunique, mais également auprès de certains hommes sérieux. Quand je songe que ces gens s’abaissent à un amusement futile, stérile, répétitif, sans qu’ils en soient jamais rassasiés, j’éprouve un certain plaisir à ne pas y trouver de plaisir.
Et pendant ces journées, je suis très heureux de consacrer à la littérature mon temps libre; ces journées, d’autres les gaspillent en occupations des plus oiseuses. Porte-toi bien.

Faut-il plus d’explications à l’entame de la coupe du monde de football ?


Lucius Annaeus Seneca, Lettres à Lucilius, LXXXIII

Citation notée le 12 juin 2014

Mais voici que la clameur du Cirque assiège mon oreille : un cri soudain, universel est venu la frapper, sans toutefois m’arracher à mes réflexions ni même les interrompre. Je supporte très-patiemment le bruit : des voix nombreuses et qui se confondent en une seule sont pour moi comme le flot qui gronde, comme le vent qui fouette la forêt, comme tout ce qui ne produit que d’indistincts retentissements.

Faut-il plus d’explications à l’entame de la coupe du monde de football ?

Gustave Flaubert, Corr., t. II, p. 784 ; à Mlle Leroyer de Chantepie, 12 décembre 1857.

Citation notée le 20 juillet 2014

Ce n’est pas une petite ambition que de vouloir entrer dans le cœur des hommes, quand ces hommes vivaient il y a plus de deux mille ans et dans une civilisation qui n’a rien d’analogue avec la nôtre.

Alors que chaque jour je passe un peu de temps à lire au sujet de l’Antiquité, cette petite citation ramène un peu d’humilité dans l’effort !

Une réflexion sur “Société et politique

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